Savon artisanal ou savon d’épicerie : ce que l’étiquette ne vous dit pas toujours

Commençons par un aveu qui va surprendre : tout est chimique. L’eau, le sel, l’huile d’olive, moi, vous qui lisez ceci. Un savon « sans chimie » n’existe pas, et quiconque vous en vend un raconte une jolie histoire. La vraie question n’est pas y a-t-il de la chimie ?, mais laquelle, pourquoi, et pour qui ?

Première surprise : la plupart des « savons » ne sont pas des savons

Un vrai savon est le résultat d’une réaction précise, la saponification, entre des corps gras (huiles, beurres) et une base (la soude). C’est cette réaction qui fabrique le savon, et elle produit aussi de la glycérine, un humectant naturel qui aide la peau à retenir l’eau.

Dans une grande partie des pains vendus en épicerie ou en pharmacie, ce n’est pas ce qui se passe. Beaucoup sont en réalité des « pains détergents » (ou syndets) : des mélanges d’agents lavants synthétiques, de charges, de liants et d’additifs façonnés en forme de pain. Ce n’est pas forcément mauvais, certaines de ces formules sont douces et bien pensées. Mais ce n’est pas du savon au sens traditionnel, même si l’emballage parle de « savon ».

La glycérine, ou l’histoire du trésor retiré

Voici un détail que peu de gens connaissent. Dans la fabrication industrielle du savon, la glycérine formée lors de la saponification est très souvent extraite, car elle se revend bien, notamment à l’industrie cosmétique et pharmaceutique. Le savon qui reste est donc plus dur, plus décapant, et on lui rajoute ensuite des hydratants pour compenser… ce qu’on lui avait enlevé.

Dans un savon artisanal fait par procédé à froid, comme les miens, la glycérine reste dans le pain. C’est l’une des raisons pour lesquelles un savon artisanal laisse souvent la peau plus confortable. Il ne s’agit pas de magie, mais de laisser un ingrédient utile là où il se trouve.

Ce qu’on trouve sur la liste d’ingrédients

Lisez l’étiquette d’un pain industriel courant, et vous rencontrerez souvent des noms qui ressemblent à une formule de laboratoire : agents lavants de synthèse, agents de texture, stabilisants, colorants, conservateurs, parfums de synthèse, souvent regroupés sous le mot mystère parfum.

Certains sont parfaitement sécuritaires. D’autres peuvent irriter les peaux sensibles ou sèches. Le vrai problème n’est pas leur présence en soi, mais que la plupart d’entre nous n’ont pas les moyens de les déchiffrer, ni le temps. Quand la liste est courte, on comprend ce qu’on lave sa peau avec.

Un savon artisanal, lui, a généralement une liste d’ingrédients très lisible : des huiles et des beurres (olive, coco, karité, ricin), de l’eau, de la soude qui a totalement réagi, des argiles ou des ingrédients comme le lait de chèvre ou le miel, et une fragrance. On peut la lire en quelques secondes.

Et la soude, alors ?

On me pose la question régulièrement, et c’est une excellente question. Oui, la soude caustique (hydroxyde de sodium) est indispensable pour faire du savon, y compris le savon artisanal. Mais elle est consommée par la réaction : dans un savon bien formulé et bien mûri, il n’en reste pas. Je calcule mes recettes avec un léger surgraissage (7 %), c’est-à-dire un peu plus de corps gras que ce que la soude peut transformer, pour être certaine qu’il ne reste que du savon et des huiles nourrissantes.

Le temps, cet ingrédient qu’on ne voit pas

Un savon artisanal fait par procédé à froid demande du temps : quelques semaines de séchage, ce qu’on appelle la cure, pour qu’il durcisse, qu’il perde son excès d’eau et qu’il devienne doux. Un pain industriel, lui, peut sortir de la chaîne en quelques heures.

Ce temps se ressent. Un savon bien curé dure plus longtemps sous la douche, ne fond pas en bouillie et mousse mieux. Il est aussi le résultat de multiples petites décisions : quelle huile, quelle proportion, quelle température, quel poids. Si vous vous demandez pourquoi un savon artisanal coûte plus cher, une bonne partie de la réponse tient dans ce mot : temps.

Mais alors, l’industriel est-il un méchant ?

Non, et je ne vais pas vous le faire croire. Les produits industriels sont testés, constants, accessibles. Pour bien des gens, ils répondent parfaitement au besoin. Je ne considère pas le savon d’épicerie comme un ennemi, je le considère comme un autre produit, avec une autre intention.

Ce qui distingue vraiment les deux approches, c’est l’intention et l’échelle. L’industrie cherche la constance, le volume et le coût. L’artisan, lui, cherche le soin du détail : les ingrédients choisis un par un, la texture, le parfum, le poids réel de chaque savon, la finition, l’emballage. Il peut se permettre de faire des lots plus petits, d’ajuster une recette, de refuser un lot qui ne lui convient pas.

Comment choisir un vrai savon artisanal

Quelques repères simples :

  • La liste d’ingrédients est courte et claire. Vous reconnaissez les huiles et les beurres.
  • Le mot « savon » est justifié. On parle de saponification, d’huiles et de soude, pas d’une longue liste de détergents.
  • Le poids est indiqué et réel. Un savon qui a séché doit peser ce que l’étiquette annonce.
  • La personne qui l’a fabriqué peut vous parler de ses recettes. C’est le meilleur test : demandez-lui pourquoi elle a choisi tel beurre ou telle argile.

En bref

Le savon industriel répond à un besoin de volume. Le savon artisanal répond à un besoin de soin. Vous n’avez pas à choisir l’un pour détester l’autre, mais si vous cherchez un produit dont vous comprenez chaque étape, la réponse se trouve généralement chez une personne qui, comme moi, coule ses savons à la main et qui a envie de vous expliquer pourquoi.

Retrouver son havre, un instant à la fois.

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